Les bouteilles dites "de la Passion" moins connues que les bateaux en bouteille n'en sont pas moins très nombreuses dans toute l'Europe chrétienne.
Ces objets d'art populaire sacré, objets de vénération ont une fonction aujourd'hui difficile à cerner.
Bouteille récemment restaurée.
Les images pieuses, catholiques sont des images de dévotion produites en grand nombre à l'usage des fidèles, de petite taille, facile à glisser dans un livre ou à poser en sous-verre sur un meuble.
Canivet (Image pieuse en papier ajouré pour imiter la dentelle -1854) -
Représente la Bienheureuse Anne-Marie Javouhey - Les sœurs de Saint Joseph de Cluny
Wikipédia. Auteur inconnu .
Les icônes chrétiennes, principalement de culte orthodoxe, différentes des images pieuses, représentent l'image d'un ou plusieurs Saints, les Martyrs, des Anges, du Christ ou de la Vierge et l'Enfant, on les regarde et on les vénère. les thèmes sont aussi très nombreux : Nativité, Annonciation, Résurrection ... Mais leur graphisme est soumis à des règles strictes par les autorités ecclésiastiques. Elles sont exécutées par des artistes qui peuvent être rémunérés, mais ne sont pas signées, devant rester intemporelles.
Saint Nicolas - ARTSCAPE/Petit Palais-Paris
Les ex-voto réalisés en accomplissement d'un vœu ou en remerciement d'une guérison, un sauvetage, représentent généralement la scène concernée et la ou le dédicataire du vœu, un Saint, la Vierge...
Ex Voto marin - Église Notre-Dame de la Garoupe, Antibes.
Wikipedia/Dobeaucoup
Les croix de mariniers sont des croix de la Passion de taille moyenne, plus grande que les crucifix, plus petites que les calvaires posés à la proue des bateaux fluviaux, munies des Instruments de la Passion, et polychromes. Le marinier y ajoutait souvent une ancre et une effigie de son bateau.
Croix de marinier du Rhône
PROANTIC/Galerie Raphaël Bedos-Paris
Les bouteilles de la Passionoccupent une place particulière parmi les objets sacrés et parmi les autres familles d'objets en bouteille où elles sont les seules à posséder un caractère sacré.
Bouteille de la passion restaurée par mes soins.
Elles semblent destinées pour avoir près de soi dans les fermes les plus isolées un lieu de culte pour se recueillir ou prier, peu encombrant facile à déplacer et protégé des injures du temps par le flacon
Fait surprenant : Jean le Bot, universitaire "amateur de marine" comme il aimait se définir, père, entre autres, du sauvetage de la mémoire puis de la résurrection des bisquines de Granville et Cancale, se passionnait aussi pour les objets d'art populaire dont les bouteilles de la Passion bretonnes. Il m'a aimablement communiqué le fruit de ses recherches en la matière dont les images d'un petit ensemble d'objets en boite qui représentaient, en pièces détachées, tous les éléments préfabriqués destinés a réaliser un petit calvaire. Crois de bois prête à assembler Christ en métal embouti, embase, et quelques Arma Christi, ne manquait que la bouteille. Il en avait déduit qu'il a existé une production artisanale en série de "kits" de fabrication prêt à monter, ne restait à l'acheteur qu'à trouver une bouteille de taille adaptée et à y assemble le kit pour se faire une bouteille de la Passion. L'on imagine les colporteurs itinérants sillonnant les régions isolées pour y approvisionner les habitants en objets divers, proposant ces productions aux fermiers et montagnards isolés de tout.
Le Takarabuneune forme japonaise de bouteille mythique ('il ne s'agit pas bien sur de la passion du Christ), mais du bateau trésor.
Au Japon, ce voilier vogue dans les cieux et dans les ports durant la nuit du Nouvel An. La coutume veut qu’une représentation en soit déposée sous l’oreiller des enfants la veille au soir afin que toute l’année leur soit heureuse et prospère.
Une estampe ancienne d'Hiroshige.
cliché : inconnu
En ivoire
cliché : inconnu
Une version en bouteille
Takarabune Makio (communication Bernard Dulou)
Vierge de poche
Cliché eBay/cc.ck
--------
Mes propres bouteilles de la Passion
--------
Christ en Séraphin
(Extrait de l'article publié sur Facebook en mars 2020)
Ces travaux ne sont pas des bouteilles des objets de véritables dévotion.
Non croyant, je m'intéresse tout d'abord à titre personnel à leur valeur d'objets d'art populaire et patrimonial, tout comme aux œuvres d'art en général et d'architecture, sans distinction de religion ni d'origine. Seuls leur histoire et leur style me les font juger.
J'en réalise par plaisir et avec le souci des les faire revivre un instants, libre à chacun de les percevoir profanes ou sacrés, comme il l'entend.
J'en restaure aussi avec le plus grand plaisir, heureux de pouvoir leur redonner une part de leur intégrité.
Je me suis inspiré d'un fragment d'une petite peinture de Jan Van Eyck (vers 1430-12,7 cm X 14.6 cm - Philadelphie, collection John G. Johnson), qui représente Saint-François d’Assise (1182-1226) recevant les stigmates.
La particularité de ce Christ en croix est qu’il prend aussi la forme du Séraphin (Ange muni de 3 paires d’ailes, la troisième étant ici pudiquement enroulée autour du bassin du Christ) descendu apporter les stigmates au fondateur de l'ordre des Franciscains. Il est situé en haut au centre droit.
Je l'ai représenté sur le rocher du Golgotha avec, épars, quelques-uns des instruments de la Passion : le crâne d’Adam, le serpent, la lance du centurion Longin, l’éponge imbibée de vinaigre au bout d'une branche d'hysope, le marteau et les tenailles, les dés pour tirer au sort les vêtements et l'aiguière avec laquelle Ponce Pilate se lave les mains.
L'on m'a fait remarquer que mes dés ne respectaient pas l'ordre qui veut que deux faces opposées totalisent le chiffre sept. C'est certain, mais les dés utilisés en ce temps étaient-ils ainsi normalisés ? Il faudrait vérifier sur des dés archéologiques d'époque romaine, si quelqu'un en possède, je suis preneur du renseignement, on ne peut évidemment pas voir deux faces opposées sur une même photo.
Le flacon est une ancienne bouteille d’eau miraculeuse de la grotte de Massabielle à Lourdes, estampillée sur le fermoir mécanique en céramique. Son usage ici ne déroge donc pas à sa fonction première et ne lui porte pas outrage.
Hauteur 28 cm. - largeur 12.5 cm. - profondeur 6.5 cm.
Le verre moulé présente un léger granulat de surface visible sur les images et des traces d’usage dont une fissure stabilisée au niveau du col du goulot. Ces flacons étaient souvent enveloppés d'une tresse d'osier qui les protégeait des chocs.
--------
L'Echelle céleste de Saint Jean-Climaque.
(Extrait de l'article publié sur Facebook en avril 2020)
En grec, échelle se dit klimax
D'après l'icône byzantine conservée au monastère Sainte-Catherine-du- Sinaï, XIIe siècle
Né vers 579 et mort vers 649, qui écrivit un traité intitulé « L’échelle du paradis » pour la formation des moines. L'icône est conservée au monastère Sainte Catherine du mont Sinaï dont il était l’higoumène (abbé).
Inspirée de l’échelle de Jacob décrite dans la Genèse, l’échelle céleste apparait à l’époque médiévale dans l’univers monastique comme une allégorie de l’ascension spirituelle.
Ici, les moines trépassés montent les échelons de la vertu et se dirigent vers le paradis où le Christ accueille saint Climaque lui-même, en dessous duquel se trouve l'archevêque saint Antoine habillé de blanc et d’or.
Dans la partie inférieure, les moines qui n'ont pas persévéré sont capturés par les diables armés de cordes, de gaffes, ou d’arcs et de flèches, qui les précipitent en enfer représenté sous la forme d'une gueule monstrueuse crachant le feu.
A droite en bas de l'icône, au pied d'une montagne un groupe de moines encore du monde terrestre attendent leur tour pour grimper à l'échelle.
En face du Christ, un groupe d'anges entonnent des cantiques pour louer ceux qui viennent d'atteindre le paradis.
Le Christ et les anges tiennent sur un disque de Plexiglas pris entre deux couches de coton chirurgical.
Le disque solaire qui rayonne en haut au centre de l'icône est figuré par le bouchon du flacon.
Les nuages où sont figurés le Christ et les anges sont en plexiglas enveloppé de coton chirurgical.
Ainsi, l'on retrouve l'iconographie chère aux portulans de la fin du Moyen-âge où l'océan était habité de monstres avaleurs de marins et le ciel de zéphyrs souffleurs de vents.
Flacon ancien d’apothicaire en verre ambré, hauteur totale 35 cm. diamètre 14 cm.
Sa teinte permet de restituer en partie l’atmosphère lumineuse crée par la feuille d’or qui recouvre le bois.
Dénaturant considérablement les couleurs, ce verre n'est guère utilisable que pour les décors de ce type et les atmosphères désertiques saturées de soleil comme ce portrait d'Amomen, touareg de l'Aïr avec son dromadaire Azaref, mes guides dans les monts Bagzane (voir la page dédiée).
--------
Un Takarabune
(Extrait de l'article publié sur Facebook en mars 2020)
TAKARABUNE ( 宝船 - takara [trésor]- bune ou fune [bateau]).
Bateau mythique, le takarabune est la jonque des sept Divinités du Bonheur (ou dieux chanceux), dite aussi navire au trésor.
Les sept Dieux du bonheur (ou Shichi Fukujin - 七福神), une femme et six hommes, apparaissent au XIVe siècle et synthétisent diverses divinités issues des cultes shintoïste, bouddhiste, taoïste et brahmanique ; originaires de l’Inde, de la Chine et du Japon. Leurs attributs sont nombreux : la Bourse Inépuisable, le Chapeau d’Invisibilité, le Manteau de la Chance, le Maillet de Richesse, le Sac plein de riz, la Clé Magique…
Les Shichifukujins, sont : (avec quelques variantes, leur nom est suivi de leurs domaines de protection et de leurs principaux attributs) :
Daikokuten :
le commerce et la prospérité ; maillet magique (kozuchi - 小 槌), qui apporte de l'argent lorsqu'il est utilisé et sac de la richesse.
Ebisu :
le travail honnête, les pêcheurs et les marchands ; canne à pêche et daurade.
Benzaiten :
l'art, l'éloquence, le monde féminin et l'amour ; joue du biwa (luth japonais) et/ou accompagnée d'un serpent blanc.
Bishamonten : la richesse, la guerre ; vêtu d’une armure, il tient une lance, une pagode symbole de richesse et la clé du Trésor.
Hotei :
la générosité, la fortune et l'abondance, très gros, il ne peut fermer ses vêtements et s’évente avec un uchiwa (ancien éventail rigide) ; grand sac de fortune inépuisable, (nunobukuro - 布袋), de nourriture et de boissons.
Fukurokuju :
la longévité et de la sagesse, il peut ressusciter les morts ; crâne très élevé, canne dans une main avec le rouleau du parchemin des écrits sur le monde, accompagné d’une tortue.
Jurōjin :
longévité ; un vieillard à longue barbe, porte lui aussi le parchemin de la sagesse (makimono - 巻), accompagné d’une grue Tanchô (gigogne orientale à tête rouge) âgée de 1500 ans.
Ces deux derniers dieux, parfois confondus, se chevauchent en grande partie.
Le navire porte un dragon ou un coq en figure de proue. L'idéogramme 宝 (takara - trésor) est peint sur la soie de la voile. Deux glands "nœuds de la chance" rouges pendent à la vergue.
Le plus souvent figuré sous forme d’image (peintures, dessins, estampes, mangas…), le takarabune peut aussi être réalisé en volume, ivoire, bois, en céramique moulée, quelquefois en bouteille. Certaines représentations graphiques montrent en arrière-plan le Mont Fuji et un soleil rouge, avec aussi parfois des branches de corail rouge ou des arbustes à la poupe du navire ou encore des ilots rocheux émergeant avec des arbres aux formes tortueuses.
L’ambiance est généralement très dynamique, complexe et tourmentée, les dieux aux formes souvent grotesques affichent des mines joviales voire jubilatoires.
Composition :
Nacre, nacre d’abalone, micro-perles de culture d’eau douce, corail rouge, jaspe rouge, fil de soie, soie ancienne de chine teintée à la main, ambre de la Baltique, grenat, topaze, or, argent, bronze, laiton, alliages, buis, bambou, mousses séchées, papier aquarelle Arches, résines époxy et polyester.
Les visages des divinités sont d’authentiques figurines en céramique émaillée japonaise en forme de petits médaillons de 15 à 20 mm., moulés en bas relief ; les corps, l’arrière des têtes et les accessoires sont ajoutés modelés en résine et autres matériaux.
Trois Ichibubans (des micro-monnaies japonaises du milieu de 19e siècle en forme de lingotins rectangulaires aussi dénommées shu ou bu) en alliage or-argent reposent sur le pont dans deux paniers et une d’argent de 1 shu, émerge de l’un des sacs de richesse.
Soleil (bouchon) en aventurine brun-rouge (dioxyde de silicium avec inclusions de mica et d’hématine).
Aiguière soufflée en 1990 par Yves Borrel, Meilleur Ouvrier de France, diamètre 13 cm, hauteur 30 cm.
Sources : Wikipédia -la pierre et le sabre iaido18.fr (pages histoire navale et histoire de la culture du Japon) - Eurex-Peak Experience Japan Ltd. - Japan Rail Pass (Blog Japon) - Ambiance Japon -
La dernière photo, un takarabune contemporain réalisé en bouteille par Yohohisa Ishihara, m'a été aimablement communiquée par Bernard Dulou / Association Bateaux en Bouteille.
Une Nativité
(Extrait de l'article publié sur Facebook en décembre 2022)
NUIT DE NOËL (Nativité)
Qui dit crèche dit nuit de Noël, étoile, étable, Marie, Joseph, âne et bœuf, bergers, moutons, anges, mages orientaux… et cadeaux à l’enfant.
Ce verre bleu rustique de la forêt de Grésigne, du 18e ou 19e siècle, en forme d’œnochoé antique, évoque l’époque de la naissance du Christ en Judée sous occupation romaine.
Je me suis en partie inspiré de l’une des nativités peintes par Sandro Botticelli, qui est aussi la seule œuvre qu’il ait signée.
L’étoile de Bethléem - la comète qui guide les mages orientaux - est en fait une petite Croix du Sud touareg au motif proche de celui qui symbolise la ville de Tahoua. Faite d’argent filigrané, je l’ai recouverte d’or et lui ai adjoint une queue de fins fils d’or.
Les rois mages portent les cadeaux :
l'or, l'encens et le myrrhe en matières véritables.
Un palmier chargé de dates pour occuper l’espace en haut du ballon et un arbre de Judée pour donner une touche rose pourpre et « parce-que Judas s’y serait pendu (30 ans plus tard) après sa trahison », encadrent l’étable. Sur son toit , deux anges lâchent des colombes et un troisième tend un phylactère portant le Gloria
A droite, les rois mages présentent un coffret d’or et deux cristaux bruts de résine d’encens et de myrrhe.
A gauche, un berger accompagné de trois moutons tient un agneau dans ses bras. Un méhari sagement baraqué et caparaçonné de draps de Damas dorés, plus quelques antiques symboles chrétiens meublent et ornent l’envers du décor.
Le dromadaire baraqué de l'un des rois à l'arrière plan
Sous l’Ancien Régime, en Occitanie-Languedoc comme ailleurs en France, le bois des forêts denses telles que celles de Grésigne ou de Moussans, alimentait les fours installés à leur lisière. Le travail du verre, considéré comme une matière noble, pouvait être pratiqué « sans déroger à leur état » par la noblesse, d’où l’existence de « Gentilshommes verriers » qui pouvaient exercer par décret royal depuis le 13e siècle cette activité manuelle.
Diamètre 17 cm, hauteur 26 cm.
Plumes d’autruche, crin de cheval, branches de thym, papier aquarelle Arches, mastic de vitrier, mastic polyester, pâte à modeler thermodurcissable, argent doré à la feuille, or laminé à 24 karats et 33 µ d’épaisseur, (auréoles et coffret de Balthazar), cristaux bruts de gommes résines de myrrhe et d’encens d’Arabie.
Mini bouteille de la Passion
Petite fiole ancienne d’eau bénite en argent et cristal taillé gravée« IHS », monogramme du nom de Jésus, du grec ΙΗΣ (JES = Jésus), puis du latin « Iesus Hominum Salvator ».
Ebène, bambou, ivoire de remploi, argent, laiton, coton, éponge de mer, fil de soie, perle de verre, fil d’or, résine synthétique.
Cristal, argent poinçonné et métal argenté.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :