Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pages

Publié par Gérard Aubry

1  LA NEF

Allégorie des Conquérants

 

Flacon en verre soufflé de Murano, modèle Véronèse

signée sur son pied de l’artiste verrier Alberto Matiello, dit « Geremia ».

 

« ... ivres d'un rêve héroïque et brutal 

Ils allaient conquérir le fabuleux métal ...  »

José-Maria de Heredia - Les Conquérants

 

« ... si les démons avaient de l'or, ils les attaqueraient pour le leur voler.  »

Bartolomé de Las Casas,  (World History Encyclopedia - citation reprise d'Alan Covey, 355)

Ancien colon repenti devenu missionnaire Dominicain et défenseur des indiens, auteur de la « Très brève relation de la destruction des Indes », Las Casas a initié le débat religieux et politique convoqué par Charles Quint dénommé la "Controverse de Valladolid" qui l'opposa au théologien et philosophe Juan Ginès de Seúpvelda. Il portait sur la question : est-il légitime de faire le guerre, de faire travailler et évangéliser de force les habitants du Nouveau Monde ? Voir le téléfilm de Daniel Verhaeghe La Controverse de Valladolid, avec Jean-Pierre Marielle, Jean-Louis Trintignan et Jean Carmet.

 

La Nef illustre au XVIe siècle, l'aventure des Grandes Découvertes et de la fièvre de l'or au travers de leurs protagonistes : marins, soldats, religieux, et, bien qu'ils ne figurent pas de visu dans la scène, les habitants des pays conquis. 

Tous les matériaux employés sont donc en relation : métaux, minéraux et végétaux rares et précieux. La mort violente est présente dans le récif de corail qui menace le navire d'un naufrage et le crâne du pirate qui gît au coté de son trésor.

Dans l'atelier de Forges les Bains en 2005

Cliché Jean-Claude Chazarain

Dans sa vitrine ; verre façonné par Yves Borrel, socle et couronne en merisier tournés par Michelet, Paris.

 

 Le tableau arrière

La poupe

Bordages en or laminé 24 carats d'épaisseur 0,25 mm, dépoli ; listons renforts et safran en ébène, ferrures en argent.

 

Le fanal de poupe

Améthyste taille briolette, ébène et argent. (la pointe de l'épée du soldat, collée sur le fanal, lui assure un point d’attache supplémentaire).

Hidalgo en argent massif sculpté en taille directe dans un ancien petit lingot hémisphérique chinois ; ébène, écume de mer teintée. 

Au dessus de sa tête : 1 escudo "Jeanne et Charles", 1520-1556, frappé à Séville (S), Ø25 mm ; 3,20 gr. d'or.

J'ai percé la pièce pour la suspendre, ce qui constitue une hérésie aux yeux des numismates car l'endommageant et affaiblissant sa valeur commerciale. Aux miens, dans ce contexte, il symbolise la vanité en le figurant pendu comme à un mât de cocagne. 

 

 Chevillage et cordage en soie frappé sur un piton d'argent.

La proue

Missionnaire jésuite en ébène, tête et mains en écume de mer (sépiolite)

Figures de proue lapis-lazuli et corail rouge, dauphin en nacre et diamant noir.

 Croix en nacre, diamants noirs, argent, or laminé.

Le pilote : ébène, corail rouge de Méditerranée, turquoise, écume de mer, ivoire de remploi, ébène rose. Astrolabe en or et ébène.

 

Ci-dessus : l'extrados (coté sous le vent),

la voile en vélin, encre de Chine, sanguine et feuille d'or d'applique,

cordages en soie, poulies en ambre.

Les armoiries de Castille et Léon.

Ci-dessous, l'intrados (coté au vent)

L'Aigle impérial du Saint Empire germanique.

 Vergue en ébène, boules de racage en micro-perles, intercalaires en ivoire.

 

Le massif de corail rouge dissimule le piètement de soutien du navire.

Micro-monnaies asiatiques or et argent anciennes, ( indiennes « coins Fanam », motifs indous et musulmans ; monnaies globulaires thaïes « à l’éléphant »  et « au chien », qui ont eu cours entre 1300 et 1600) ; collier de perles Keshi de 2 mm ; reproduction d'orfèvreries liturgiques chrétiennes et précolombiennes d'après les originaux du musée de l'or de Bogota). Coffre en écaille de remploi.

Un trésor gardé par les animaux et monstres marins. Un poulpe, une huitre perlière, des pierres précieuses répandues sur le sable, et derrière le sabre fiché, le crâne du pirate.

 

L'autre face. Poisson en jade, ivoire et diamant vert (2 mm), méduse en opale translucide et argent.

 

Le compas fonctionnel serti d'or et de nacre.

 

 Montage du compas à cardan avec sa rose des vents qui oscille dans sa suspension en fil d'or.

Des petites perles noires servent de pivots. La boussole oscille dans la couronne avec  la rose des vents qui oscille elle-même à angle droit. Ce qui est tout-à-fait symbolique car il est fortement déconseillé de basculer l'ensemble du flacon pour en vérifier le bon fonctionnement. Un non-sens délibéré effectué pour le plaisir de la chose et comme marque symbolique de la vanité humaine et de l'inanité de la richesse matérielle "bien mal acquise". Tout comme les pirates, les conquérants n'ont pas vraiment profité ou bien peu longtemps. Presque tous ont fini pauvres ou prématurément de mort violente par actes de guerre, rivalités internes, maladies ou naufrages.

Rose des vents en nacre, lapis-lazuli, turquoise et corail rouge.

Montage à la Cardan avec pivots en perles noires, et la clavette de verrouillage, une croix pattée en ivoire. 

Les deux perles sur les fils de soie servent à soutenir dans l'espace l'ensemble compas et croix-clavette avant le vissage du bouchon grâce à un élastique entourant le col de verre.

Le bouchon à vis et son décor.

 

Le bouchon complet avec petites monnaies de cuivre et d'argent espagnoles, portugaises et hollandaises, intercalées de cabochons en agates-croix (oxydations naturelles choisies pour leur forme).

 

Le décor sommital  : cabochon en diopside étoilé à quatre branches.

 

 

La formule que l'on faisait lire au nouveau pape lors de son intronisation pour le protéger des tentations du pouvoir.

« Sic transit gloria mundi »

(Ainsi passe la Gloire du monde)

la formule est ici détournée et placée en exergue sur le pavillon :

«Pro auro, auxilio Dei et per gladium

Sic transit gloria novi mundi »

(Pour l'or, grâce à Dieu et par le glaive,

ainsi passe la Gloire du Nouveau Monde)

(Traduction en latin médiéval par Monique Choffat)

Elle symbolise la destruction des brillantes civilisations locales au XVIe siècle.

Or en lamine de 0.25 mm d'épaisseur, lettrage à la sanguine.

Les conquistadores recherchaient l'or et l'argent pour leur valeur monétaire. Il fondirent systématiquement les objets rituels et et ornementaux reçus en cadeaux, sous forme de rançon ou  pillés. Beaucoup de chefs d’œuvre ont ainsi disparu, transformés sur place en lingots puis, parvenus en Espagne, frappés en écus d'or et d'argent.

Il est vrai qu'en Europe, les objets d'orfèvrerie de table, décoratifs et cultuels étaient aussi fondus, y compris par les autorités ecclésiastiques, en cas de besoin urgent de numéraire, principalement en cas de guerre pour financer l'armement et payer les mercenaires. La notion de patrimoine culturel n'apparaitra que beaucoup plus tard.

Un cas particulier : les mythiques émeraudes de Colombie, des mines Chivor puis Muzo et Coscuez dans la cordillère des Andes, très prisées en Europe pour leur qualité ornementale, offraient de plus le meilleur rapport volume/poids/valeur permettant grâce à leur faible encombrement de les dissimuler beaucoup plus aisément que les métaux précieux à bord des navires en cas de capture par les corsaires et les pirates.

Les naufrages restèrent cependant la principale cause de pertes durant le voyage et font depuis le bonheur des chercheurs d'épaves, des archéologues et des collectionneurs.

Les indiens offrirent d'emblée de bonne grâce des trésors aux nouveaux arrivants. Par la suite, devant les abus répétés, ils les cachèrent soigneusement avant leur arrivée, ce qui permet aussi aux chercheurs d'en retrouver parfois ensevelis dans les montagnes.

Toutes ces péripéties aux issues violentes et dramatiques pour tous les protagonistes sont symbolisées dans cette scène par la ruée des conquérants sur leur voilier et le trésor coulé répandu sur le sable marin.

Plus tard, la course aux épices complétera la liste des richesses exploitées aux Indes occidentales et orientales. Le voyage de Magellan permit l'ouverture d'une route maritime vers les "Îles aux épices" très prisés pour relever les plats, rendant ainsi caduque, car moins rentable, la "Route de la soie" de Venise et Marco Polo, très lente et coûteuse en taxe locales et services caravaniers.

L'introduction aux Antilles de la canne à sucre ramenée  d’Asie et la cassonade qu'elle y produisit entraina bientôt l'explosion de l'exportation vers l'Europe. La recherche de main d’œuvre, raréfiée après l'interdiction par le roi d’Espagne de l'esclavage des indiens suite à l'action de La Casas, entraîna, triste effet pervers, la traite des Africains vers les îles puis le continent Américain que lui-même avait préconisé en remplacement avant de s'en repentir.

Comme quoi, « l'Enfer est pavé de bonnes intentions»...

 

 

Remerciements 

Je remercie vivement :

Christiane Charaudeau 

Yves Borrel 

Françoise et Jean-Claude Chazarain

 Pierre Dominique Blind

Monique Choffat

Michel Cassan

Francine Deschamps

Michèle Alexandre-Mabon

Alberto Mattiello  « Geremia »,

Les établissements Michelet, Faubourg Saint-Antoine à Paris

pour l’aide précieuse qu’ils m’ont apportée par leur collaboration, leurs apports en matériaux, ou leurs conseils pour la réalisation de la bouteille et de sa vitrine.

Été  2005  

 

 

16 ans plus tard en 2021  

 2  LA GRANDE HERMINE

Allégorie de la Nouvelle France.

 Volume d’environ 400 ml, diamètre 14.8 cm, hauteur totale 21,6 cm, passage au goulot : 17 mm, panse cernée de discrets festons, légèrement concave.

La Grande Hermine est le plus gros des navires des 2ᵉ et 3ᵉ expéditions de l’exploration par Jacques Cartier du fleuve Saint-Laurent au Canada.
Son dernier voyage, parti en 1541, avait pour mission, à l’instar de quasiment tous les voyages hauturiers depuis Christophe Colomb, d'implanter une colonie, de propager la foi chrétienne, de trouver de l’or, des gemmes et des épices. Les hollandais, les anglais et les français exclus du gâteau par le traité de Tordesillas signé par le pape Alexandre VI qui partageait de part et d'autre d'une ligne Nord-Sud les nouveaux mondes découverts et à découvrir entre l'Espagne et le Portugal  ne pouvaient fonder eux même officiellement des colonies. Ils entreprirent de briser ce monopole par tous les moyens,  y compris en pratiquant la guerre de course pour piller les convois.
Ce qui n’était quand même pas négligeable au vu des fabuleuses richesses prises à l’Espagne par l’anglais Francis Drake lors de son tour du monde en 1577-80 à bord du Pélican, vite rebaptisé « Golden Hind ».
 
Lors du second voyage de Cartier, le chef huron Donnacona lui avait décrit et vanté - comme le firent souvent les autochtones  envers les conquérants pour ne pas leur déplaire et les amadouer - les richesses que ceux-ci convoitaient. Ils n’hésitaient pas à tout inventer s’ils n’avaient rien à proposer pour les envoyer ailleurs, en désignant des régions toujours plus éloignées, espérant ainsi se débarrasser des intrus, surtout ceux qui les brutalisaient. Le vieux mythe de « l’El Dorado », né semble-t-il des descriptions par Marco Polo des pagodes aux toits d’or de Birmanie, parut bientôt confirmé par les découvertes de l'or du Mexique et du Pérou. Il devait stimuler encore très longtemps les imaginations des aventuriers.

 

Le navire (Hommage à Jacques Cartier, enveloppe timbrée premier jour, Musée de Saint-Malo).

Source : Wikipedia. (CC BY-SA 4.0)

Vue par le peintre  Mathurin Méheut.

Crédit photo Luc Pâris. Source Guillaume Le Floc'h. AuctionFR.

 Les voyages de Jacques Cartier 1534-36

 Source © Timetoast timelines. Relation Franco-Auctochtones timeline.

Notre navigateur malouin est donc chargé, entre autres, de rechercher le précieux métal jaune et les diamants.
Las… tout ce qui brille n’est pas Or !
L’or et les diamants trouvés par les français dans la région du fleuve Saint-Laurent et rapportés à François 1er se révélèrent vite n’être que pyrite et quartz. La déception sera immense et depuis courent railleries et quolibets : « faux comme des diamants du Canada », « diamant de France » etc., pour désigner les imitations. Mais un promontoire quartzifère sur le Saint-Laurent à l’est de la ville de Québec s’appelle toujours « Cap Diamant » ! Tout comme un quartier de Montréal se nomme aujourd’hui « Lachine ». Là se situait au 17e siècle la « Seigneurie Saint-Sulpice » de Robert Cavelier de la Salle que les habitants rebaptisèrent ainsi pour son obsession à chercher un passage au nord-ouest vers la Chine. Petites taquineries, mais vrais et durables hommages tout compte fait, pour ces grands explorateurs. Cavelier de la Salle fut le premier européen à naviguer entre 1672 et 1682 sur les Grands Lacs puis à descendre intégralement le Mississippi en canoé jusqu’au Golfe du Mexique. Au passage, il baptise en l’honneur de Louis XIV « Louisiane » l’immense région explorée. Obsédé, lui, par la recherche d'un passage par l'ouest vers la Chine, les habitants autour de sa seigneurie sur le Saint-Laurent près des rapides alors infranchissables en bateau, l'ont surnommée par dérision La Chine, qui est aujourd'hui le quartier de Lachine à Montréal juxtant le quartier de Lasalle
La « Nouvelle France » comprenait du nord au sud : le Labrador, l’Acadie (aujourd’hui Nouvelle Écosse), la vallée du Saint-Laurent, la région des Grands Lacs et la Louisiane (toute la vallée du Mississippi) jusqu’à la Nouvelle-Orléans et au delta.

 

La Nouvelle France 

Les territoires contrôlés à un moment donné par la France entre 1534 et 1803

 Wikipédia,  © CC BY-SA 3.0

La série en tailles décroissantes des cinq volumes du flacon produits entre 1946 et 1950.

© Livre de Mary Lou et Glenn Utt, Les flacons à parfum Lalique.  La bibliothèques des Arts, Paris. Cliché Bonhams, Londres.

Avec son parfum NINA RICCI  Eau de Cœur-Joie - Flacon modèle "montre", en verre moulé, découpe circulaire.     Photo © AuctionFR

Feuille d'or en lamine de 24 carats (995/1000) et 35 µ d’épaisseur (3,5/10o mm), environ 350 fois plus épaisse que la feuille d'or d'applique (0,1 µ ). Elle se met facilement en forme, mais se déforme tout autant.

Les six voiles 

 

Ce flacon est le plus grand de la série

Les outils : brunissoir en perle d'agate de 3 mm pour remettre les voies en forme, seringue à colle, fragment de scalpel de chirurgien, deux crochets d'accroche et de tirage.

Les armoiries de J. Cartier.   © Forum CustomXP.net

Le blason aux armes du roi de France surmontées de la blanche hermine, emblème de Jacques Cœur. Mer en corail bleu d'Océanie, moustache d'étrave comme il se devait en écume de mer (sépiolite).

 

La poupe : décor fait de chaque bord d'un diamant neuf (central) et deux diamants de remploi (extérieurs) de taille ancienne ; turquoises, corail rouge et citrines et lapis-lazuli, fils de soie et d'argent, poulies en opale.

Je taille moi-même ces minéraux avec des disques diamantés, à sec ou avec un peu d'eau jusqu'à une dureté de 6 (échelle de Mohs). Soit l'écume, l'ambre, l'ivoire, la nacre, le corail, l'ivoire, le jais, le lapis-lazuli, l'opale, la turquoise et le verre, au delà (quartz par exemple, il faut lubrifier avec un huile spéciale. Je les utilise donc en cristaux bruts ou  taillés.

 

 L'étrave et la civadière

Le pavillon de France et Bretagne en nacre peinte.

De gauche à droite et de haut en bas :  corail bleu, turquoise, écume de mer,

corail rouge, lapis lazuli, fil d'argent, nacre, chutes d'ivoire

Micro-perles d'eau douce, d'opale et d'ivoire.

La concavité des parois réduit l'accès au centre du flacon du navire de trois à moins de deux cm de largeur au centre.

 

2021

 

N.B. 

Pour les matériaux d'origine organique animale et végétale protégés par la CITES (ivoire, écaille, corne, corail, ébène...), je n'ai utilisé que ceux tirés de menus objets et bijoux anciens manifestement antérieurs à 1947 pour remploi, (touches de piano, colliers de perles, jetons de jeux de société, brins d'éventails, étuis, ronds de serviette, carnets de bal...), ou bien du mammouth et du phacochère (encore non règlementés) qui permettent d'obtenir des fragments étroits mais de plus grande longueur. Les volumes travaillés sont presque insignifiants, de quelques millimètres à 1 cm pour quelques grammes comme on peut le voir sur les images.

Les monnaies proviennent du commerce numismatique, les pierres précieuses et semi-précieuses, taillées ou non, auprès de négociants en minéraux, gemmes et pierres précieuses.  Je m'efforce de n'acheter que des matériaux authentiques, parfois traités selon ce qui est admis en gemmologie. Quelques uns, mis en évidence en solitaires et supérieurs à 2 mm, sont de belle qualité ; ceux servant en nombre à d'ornementation générale, de qualité moindre (clarté, pureté), mais authentiques. Acquis bruts ou taillés mais non montés, leur coût est nettement plus abordable. Ils peuvent aussi provenir dessertis de bijoux anciens abimés ou incomplets, lorsque leur provenance garantit la qualité d'origine.

 

.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :